Péguer
verbeDéfinition
Coller, être poisseux ou gluant. Au figuré : traîner, ne pas avancer, être dans une situation qui n'évolue pas.
Synonymes / Variantes
Exemples d'utilisation
Ça pègue
J'ai les mains qui pèguent
Cette affaire pègue
Origine du terme
Du provençal 'pegar' signifiant coller, dérivé du latin 'picare' (enduire de poix). Très utilisé dans tout le sud de la France.
Définition complète de “Péguer”
Péguer est un verbe typiquement provençal et marseillais qui signifie coller, être poisseux ou gluant. Au sens figuré, il exprime l’idée de stagner, de ne pas avancer, d’être dans une situation qui n’évolue pas. “Ça pègue” peut donc signifier autant “c’est collant” que “ça traîne, ça bloque”.
Ce verbe pittoresque fait partie intégrante du vocabulaire quotidien marseillais. Qu’on parle d’une table poisseuse en terrasse ou d’un dossier administratif qui n’avance pas, “péguer” est le mot juste dans le sud.
Origine et étymologie
Racine latine
Le mot a une étymologie noble :
Latin “picare” = enduire de poix ↓ Provençal “pegar” = coller ↓ Français régional “péguer”
La poix : clé de l’étymologie
La poix était une substance noire et collante :
- Utilisée pour calfater les navires
- Pour imperméabiliser
- Pour coller des matériaux
- Extrêmement gluante et difficile à enlever
D’où l’image de quelque chose qui “pègue” : ça colle, ça ne lâche pas.
Conservation régionale
Le terme s’est maintenu dans le sud :
- Occitanie
- Provence
- PACA
- Partie du Languedoc
Ailleurs, on utilise “coller” ou “poisser”.
Les sens de “péguer”
Sens physique : coller
Le sens premier :
“J’ai les mains qui pèguent, y’a de la résine sur l’arbre.”
Exemples d’usage physique :
- Les doigts qui pèguent (bonbons, fruits)
- Une table qui pègue (mal nettoyée)
- Le sol qui pègue (boisson renversée)
- Un vêtement qui pègue (sueur, humidité)
Sens figuré : stagner
Le sens métaphorique :
“Mon dossier de visa, ça pègue depuis trois mois.”
Situations qui pèguent :
- Procédures administratives bloquées
- Projets qui n’avancent pas
- Relations qui stagnent
- Affaires qui traînent
Sens atmosphérique : lourdeur
Quand l’air est épais :
“Qu’est-ce que ça pègue aujourd’hui avec cette chaleur !”
L’impression de :
- Chaleur moite
- Humidité collante
- Air lourd
- Atmosphère pesante
Sens relationnel : s’accrocher
Quelqu’un qui “pègue” :
“Ce mec, il pègue, il nous lâche pas !”
Une personne qui :
- S’incruste
- Ne part pas
- Colle au groupe
- S’accroche sans être invitée
Péguer dans le rap marseillais
Jul et le péguer
Jul utilise le terme naturellement dans ses descriptions du quotidien marseillais :
- Scènes de rue sous la chaleur
- Situations de galère qui n’avancent pas
- Ambiances de quartier
L’Algérino
Dans son rap coloré par le vocabulaire local, “péguer” apparaît pour peindre Marseille authentiquement.
Soprano
Soprano, dans ses titres plus grand public, glisse parfois ces termes provençaux qui font le charme de son identité.
Usage narratif
Dans le rap, “ça pègue” peut décrire :
- La galère économique (ça pègue, l’argent vient pas)
- Les problèmes avec la justice (le dossier pègue)
- La météo marseillaise (chaleur qui pègue)
- Les embrouilles qui traînent
Conjugaison et expressions
Conjugaison
Le verbe se conjugue normalement :
- Je pègue
- Tu pègues
- Il/Elle pègue
- Nous péguons
- Vous péguez
- Ils/Elles pèguent
Passé composé : J’ai pégué Imparfait : Ça péguait Futur : Ça va péguer
”Ça pègue”
L’expression la plus courante :
“Ça pègue ici !” (c’est collant) “Ça pègue ton affaire” (ça n’avance pas)
“Péguer la honte”
Avoir très honte :
“J’ai pégué la honte quand je suis tombé devant tout le monde."
"Péguer au lit”
Rester collé au lit :
“Ce matin, j’ai pégué au lit, impossible de me lever."
"Faire péguer”
Faire coller / Faire bloquer :
“L’administration me fait péguer depuis des semaines."
"C’est pégueux”
Adjectif dérivé :
“Cette table est pégueuze, passe un coup.”
La météo qui pègue
Spécificité méditerranéenne
Le climat marseillais fait souvent “péguer” :
“30 degrés avec 80% d’humidité, ça pègue de ouf.”
Caractéristiques :
- Chaleur moite
- Vent absent ou chaud
- Impression de lourdeur
- Transpiration qui colle
Les jours où ça pègue
Typiquement :
- Été sans mistral
- Avant l’orage
- Temps couvert et chaud
- Canicule humide
Remède au péguer météo
Solutions locales :
- Se mettre au frais
- Boire beaucoup
- Attendre le mistral
- Plonger dans la mer
Péguer : philosophie de la stagnation
Quand la vie pègue
Expression de la galère :
“En ce moment, tout pègue : le taf, l’amour, l’argent…”
Le sentiment que :
- Rien n’avance
- Tout est bloqué
- On patine
- Les efforts ne paient pas
Sortir du péguer
Pour que ça cesse de péguer :
- Patience (parfois ça se débloque seul)
- Action (forcer le déblocage)
- Changement (essayer autre chose)
- Acceptation (parfois ça pègue, c’est la vie)
Philosophie méridionale
Face au péguer :
- On se plaint (rastéguer)
- Mais on attend aussi
- Le soleil finit toujours par revenir
- Demain ça péguera moins
Comparaisons régionales
Dans le sud
Le terme est bien vivant :
- Marseille : Usage quotidien
- Nice : Compris, un peu moins utilisé
- Montpellier : Connu
- Toulouse : Variable
Dans le nord
Incompréhension possible :
“Ça pègue ?” “Ça quoi ??”
Équivalents :
- “C’est collant”
- “Ça colle”
- “Ça poisse”
- “Ça traîne” (sens figuré)
À Paris
Compris par certains grâce au rap marseillais, mais pas utilisé spontanément.
Situations typiques où ça pègue
Au restaurant
La table en terrasse :
“Oh, ça pègue cette table, elle est pas propre !”
En voiture
Le volant en été :
“Le volant pègue, j’aurais dû mettre un pare-soleil.”
À la maison
Le carrelage après le ménage :
“T’as pas bien rincé, le sol pègue.”
Au travail
Le projet bloqué :
“Mon augmentation ? Ça pègue depuis un an.”
Dans les relations
La discussion qui n’avance pas :
“Avec elle, les conversations pèguent, on tourne en rond.”
Évolution du terme
Usage traditionnel
Toujours présent chez les plus âgés :
- Bien ancré
- Transmission familiale
- Usage quotidien naturel
Usage chez les jeunes
Maintenu grâce à :
- La famille
- Le rap marseillais
- L’identité régionale
- Les réseaux locaux
Risque de disparition ?
Comme beaucoup de régionalismes :
- Concurrence du français standard
- Moins transmis aux nouvelles générations
- Mais le rap aide à préserver
Conclusion
“Péguer” est un verbe qui capture parfaitement certaines sensations méditerranéennes : la chaleur moite de l’été marseillais, le sol collant d’un bar de quartier, la frustration d’une situation qui n’avance pas. C’est un mot qui colle à la réalité du sud, si l’on peut dire.
Le rap marseillais contribue à maintenir ce vocabulaire vivant. Quand Jul ou Soprano utilisent “péguer” dans leurs textes, ils transmettent un patrimoine linguistique autant qu’ils racontent leur ville. Ces mots font partie de l’identité marseillaise au même titre que la Bonne Mère ou l’OM.
Pour les non-Marseillais, apprendre que “ça pègue” est une invitation à comprendre une façon de vivre et de parler. C’est entrer dans un univers où les mots ont une saveur locale, où le français se teinte d’accents provençaux, où même la grammaire prend le soleil.
“Péguer” — quand le sud met des mots sur cette sensation de coller, de stagner, de ne pas avancer. Parce que parfois, la vie pègue, et il n’y a qu’à attendre que ça passe.
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❓ Questions fréquentes
C'est quoi péguer en rap ?
Coller, être poisseux ou gluant. Au figuré : traîner, ne pas avancer, être dans une situation qui n'évolue pas.
Que veut dire péguer ?
Coller, être poisseux ou gluant. Au figuré : traîner, ne pas avancer, être dans une situation qui n'évolue pas.
D'où vient le mot péguer ?
Du provençal 'pegar' signifiant coller, dérivé du latin 'picare' (enduire de poix). Très utilisé dans tout le sud de la France.
📚 Termes associés
Écraser, serrer, presser fortement. Au figuré: mettre la pression, dominer, humilier, vaincre avec autorité.
DeuhVerbe marseillais signifiant provoquer, énerver, faire le malin, chercher la bagarre. Celui qui 'deuh' est agaçant et pousse l'autre à bout. Se décline en 'deuhman' (celui qui deuh).
SchipperSécher les cours, ne pas aller en classe. Faire l'école buissonnière.
AganterAttraper, choper, saisir quelque chose ou quelqu'un. Par extension : comprendre, piger, capter une idée.
TchouraverVoler, piquer, dérober. Variante marseillaise de 'chouraver' issue du romani čorav.
MaquillerFalsifier, truquer, trafiquer. Modifier quelque chose pour tromper : maquiller des comptes, maquiller une voiture volée, maquiller la vérité. Dans le rap, souvent lié aux activités illégales.