Schipper
verbeDéfinition
Sécher les cours, ne pas aller en classe. Faire l'école buissonnière.
Synonymes / Variantes
Exemples d'utilisation
J'ai schippé les cours de math
Faut pas schipper sinon t'auras des problèmes
Il schippe tout le temps, ce mec
On va schipper cet après-midi
Elle a schippé pour aller au cinoche
Mes parents savent que j'ai schippé
Origine du terme
Flamand (schippen = sauter)
Définition de Schipper
Schipper est un verbe emblématique de l’argot bruxellois et plus largement de l’argot belge francophone. Il signifie sécher les cours, ne pas aller en classe, faire l’école buissonnière. Ce terme, profondément ancré dans la culture urbaine belge, transcende les générations et demeure l’une des expressions les plus vivaces du vocabulaire estudiantin bruxellois.
Le verbe “schipper” exprime un acte de rébellion douce, une forme de résistance passive au système scolaire. Il ne s’agit pas simplement d’une absence, mais d’un choix délibéré de s’affranchir temporairement des contraintes académiques. Cette notion porte en elle une dimension culturelle forte, reflétant l’esprit frondeur et décontracté de la jeunesse bruxelloise.
Origine linguistique et étymologie
L’origine du terme schipper puise ses racines dans le néerlandais flamand, plus précisément du verbe “schippen” qui signifie littéralement “sauter”. Cette étymologie révèle parfaitement le sens métaphorique du mot : sauter par-dessus l’obligation scolaire, esquiver les cours en “sautant” cette étape de la journée.
Le passage du flamand “schippen” au français “schipper” illustre parfaitement les phénomènes de contact linguistique propres à Bruxelles, ville bilingue où le français et le néerlandais cohabitent et s’influencent mutuellement. Cette adaptation phonétique et morphologique témoigne de la créativité linguistique des locuteurs bruxellois, capables d’intégrer des éléments flamands dans leur français vernaculaire.
La transformation sémantique de “sauter” vers “sécher les cours” s’inscrit dans une logique métaphorique cohérente : on “saute” l’école comme on sauterait un obstacle ou une étape. Cette métaphore spatiale et kinesthésique donne au terme une dimension concrète et imagée qui participe à sa mémorisation et à sa diffusion.
Évolution historique et socioculturelle
L’usage du terme schipper s’est développé progressivement au cours du XXe siècle, particulièrement dans les quartiers populaires de Bruxelles où la mixité linguistique était la plus forte. Les premières attestations du terme remontent aux années 1960-1970, période d’expansion urbaine et de brassage social intense dans la capitale belge.
Dans les années 1980 et 1990, “schipper” s’est progressivement démocratisé, dépassant les frontières socio-économiques pour devenir un terme usuel dans toutes les couches de la jeunesse bruxelloise. Cette période correspond également à l’émergence d’une culture urbaine spécifiquement belge, mélange d’influences françaises, flamandes et immigrées.
Le terme a connu un renouveau particulier avec l’avènement du rap belge dans les années 2000-2010. Les artistes de cette scène musicale ont contribué à populariser et à légitimer un vocabulaire jusqu’alors confiné aux cours d’école et aux conversations informelles.
Nuances et variations d’usage
Le verbe schipper présente plusieurs nuances d’emploi selon le contexte et l’intention du locuteur :
Usage occasionnel
Dans son emploi le plus courant, “schipper” désigne une absence ponctuelle et délibérée : “J’ai schippé les cours de math parce qu’on avait contrôle.” Cette utilisation implique généralement une motivation précise et une dimension stratégique.
Usage habituel
Le terme peut également décrire un comportement récurrent : “Il schippe tout le temps, ce mec.” Dans ce cas, il traduit une attitude plus globale de désinvestissement scolaire ou de résistance systématique à l’autorité éducative.
Usage collectif
“Schipper” peut s’employer au pluriel pour décrire une action de groupe : “On va schipper cet après-midi pour aller au parc.” Cette dimension collective renforce l’aspect social et communautaire de l’acte.
Intensité et fréquence
Le terme peut être modulé par des adverbes ou des expressions pour préciser l’intensité : “schipper complètement”, “schipper à fond”, ou la fréquence : “schipper de temps en temps”, “schipper régulièrement”.
Contexte scolaire et social en Belgique
Pour comprendre pleinement l’usage de schipper, il faut le replacer dans le contexte du système éducatif belge. L’école en Belgique, comme dans de nombreux pays européens, impose un cadre contraignant avec des horaires stricts, des programmes chargés et des évaluations fréquentes.
Le phénomène du “schippage” s’inscrit dans une longue tradition de résistance étudiante aux contraintes institutionnelles. Il constitue une forme de microrésistance qui permet aux jeunes d’affirmer leur autonomie tout en évitant la confrontation directe avec l’autorité.
Dans le contexte bruxellois, caractérisé par une forte diversité culturelle et sociale, “schipper” devient également un marqueur d’appartenance à une culture urbaine spécifique. Utiliser ce terme, c’est revendiquer son appartenance à la jeunesse bruxelloise et sa connaissance des codes locaux.
Dimension sociolinguistique
L’emploi de schipper révèle des enjeux sociolinguistiques complexes. Ce terme appartient à ce que les sociolinguistes appellent l’argot jeune, un registre de langue caractérisé par sa créativité, sa mobilité et sa fonction identitaire.
Le choix d’utiliser “schipper” plutôt que “sécher” (terme français standard) constitue un acte de différenciation linguistique. Il permet aux locuteurs bruxellois de marquer leur spécificité régionale tout en s’inscrivant dans une tradition de création lexicale populaire.
Cette dimension identitaire du terme explique en partie sa persistance et sa vitalité. “Schipper” n’est pas seulement un synonyme de “sécher”, c’est un marqueur d’appartenance territoriale et culturelle qui permet aux Bruxellois de revendiquer leur identité linguistique spécifique.
Dans le rap belge contemporain
La scène rap belge a joué un rôle crucial dans la diffusion et la légitimation du terme schipper. Des artistes comme Roméo Elvis, Caballero, Damso ou Hamza l’utilisent naturellement dans leurs textes, contribuant à sa reconnaissance au-delà des frontières bruxelloises.
Roméo Elvis et l’authenticité bruxelloise
Roméo Elvis, figure emblématique du rap belge, utilise fréquemment des termes d’argot bruxellois comme “schipper” pour ancrer ses textes dans une réalité locale authentique. Cette utilisation participe à la construction de son image d’artiste “du peuple”, proche de ses origines urbaines.
Caballero et la culture de rue
Caballero, de son côté, emploie “schipper” dans des contextes narratifs où il évoque sa jeunesse et son rapport à l’école. Le terme devient alors un élément de storytelling qui permet d’établir une connexion émotionnelle avec son public.
Damso et l’universalité du terme
Damso, bien qu’originaire de RD Congo, a adopté le vocabulaire bruxellois et utilise “schipper” comme un marqueur de son intégration dans la culture urbaine belge. Cet usage illustre la capacité du terme à transcender les origines culturelles.
Cette appropriation par les artistes rap a plusieurs conséquences importantes : elle légitime l’usage de l’argot bruxellois dans l’espace public, elle contribue à sa diffusion géographique et elle assure sa transmission aux nouvelles générations.
Variations régionales et diffusion
Bien que schipper soit originaire de Bruxelles, le terme s’est progressivement diffusé dans d’autres régions de Belgique francophone. En Wallonie, notamment dans les zones urbaines comme Liège, Charleroi ou Namur, on retrouve des usages sporadiques du terme, généralement chez les jeunes exposés à la culture urbaine bruxelloise via les médias ou les réseaux sociaux.
Cette diffusion géographique s’accompagne parfois d’adaptations locales. Certaines variantes régionales incluent “schiper” (sans double p) ou des formes conjuguées spécifiques qui témoignent de l’appropriation locale du terme.
Impact sur la langue française de Belgique
L’existence et la vitalité de termes comme schipper participent à la spécificité du français de Belgique. Ces belgicismes d’origine populaire enrichissent la langue française en y apportant des nuances sémantiques et des colorations expressives inédites.
Le processus de création lexicale illustré par “schipper” démontre la créativité linguistique des locuteurs belges et leur capacité à innover en puisant dans différentes sources (flamand, français populaire, créations spontanées). Cette dynamique contribue à maintenir la vitalité du français belge comme variété régionale authentique.
Perspectives évolutives
L’avenir du terme schipper semble assuré par plusieurs facteurs : son ancrage dans la culture populaire, sa reprise par les artistes contemporains et sa facilité d’emploi. Cependant, comme tout élément d’argot, il pourrait connaître des évolutions sémantiques ou morphologiques.
Les nouvelles technologies et les réseaux sociaux contribuent à sa diffusion mais aussi à sa possible transformation. On observe déjà l’émergence de dérivés comme “schippeur” (celui qui schippe régulièrement) ou “schippage” (l’action de schipper), témoignant de sa productivité morphologique.
La mondialisation culturelle et l’influence croissante de l’anglais pourraient également affecter l’usage de “schipper”, soit en le renforçant comme marqueur identitaire local, soit en favorisant l’adoption de termes anglais équivalents.
Conclusion
Schipper représente bien plus qu’un simple synonyme argotique de “sécher les cours”. Ce terme cristallise les spécificités de l’identité linguistique bruxelloise : créativité lexicale, métissage linguistique, ancrage culturel et transmission générationnelle. Son usage révèle les dynamiques sociales, culturelles et linguistiques qui façonnent l’expression de la jeunesse urbaine belge.
Par sa persistance et sa vitalité, “schipper” témoigne de la richesse du français de Belgique et de sa capacité à intégrer des influences diverses pour créer des expressions originales et authentiques. Il constitue un exemple parfait de la façon dont l’argot jeune peut dépasser son contexte d’origine pour devenir un élément patrimonial de la culture linguistique régionale.
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❓ Questions fréquentes
C'est quoi schipper en rap ?
Sécher les cours, ne pas aller en classe. Faire l'école buissonnière.
Que veut dire schipper ?
Sécher les cours, ne pas aller en classe. Faire l'école buissonnière.
D'où vient le mot schipper ?
Flamand (schippen = sauter)
📚 Termes associés
Choper, attraper, obtenir. Peut signifier séduire/conclure avec quelqu'un, ou plus généralement attraper/obtenir quelque chose. Verlan de 'choper'.
AmbiancerMettre l'ambiance, faire la fête, animer une soirée. Peut aussi signifier draguer, séduire quelqu'un en mettant une bonne atmosphère. Très utilisé dans le rap afro et les sons festifs.
AganterAttraper, choper, saisir quelque chose ou quelqu'un. Par extension : comprendre, piger, capter une idée.
KenVerlan de 'niquer', signifiant avoir des rapports sexuels ou, par extension, battre/vaincre quelqu'un. Terme très courant dans le rap français et l'argot des jeunes.
TchouraverVoler, piquer, dérober. Variante marseillaise de 'chouraver' issue du romani čorav.
DamerSurpasser quelqu'un, le battre ou le dominer. Issu de l'expression 'damer le pion', signifie prendre l'avantage de façon décisive.