Schieve
adjectifDéfinition
De travers, tordu, bancal. Aussi: louche, pas net, bizarre.
Synonymes / Variantes
Exemples d'utilisation
C'est schieve son truc
T'es schieve toi
Un plan schieve
Il a un regard schieve
Cette histoire est schieve
T'as vu comme il marche schieve?
Origine du terme
Flamand (scheef = de travers)
Définition de Schieve
Schieve est l’un des termes les plus emblématiques de l’argot bruxellois et de la culture urbaine belge. Ce mot polyvalent, aux racines flamandes profondes, incarne parfaitement le métissage linguistique qui caractérise la capitale belge. Plus qu’un simple adjectif, schieve est devenu un marqueur identitaire fort de la jeunesse bruxelloise et s’est imposé dans le paysage culturel francophone grâce notamment au rap belge.
Le terme exprime principalement l’idée de quelque chose qui est de travers, tordu, bancal, mais sa richesse sémantique va bien au-delà. Il peut également signifier louche, pas net, bizarre, selon le contexte d’utilisation. Cette polysémie fait de “schieve” un terme particulièrement expressif et nuancé dans l’arsenal linguistique des locuteurs bruxellois.
Origine étymologique et linguistique
Racines flamandes
L’origine de schieve remonte directement au néerlandais “scheef”, qui signifie littéralement “de travers”, “oblique” ou “penché”. Cette filiation linguistique s’inscrit dans la longue tradition de bilinguisme et d’interférence linguistique qui caractérise Bruxelles, ville officiellement bilingue français-néerlandais.
Le passage du néerlandais “scheef” au bruxellois “schieve” illustre parfaitement les mécanismes d’adaptation phonétique et morphologique qui régissent les emprunts linguistiques. La terminaison en “-e” marque une francisation partielle du terme, lui permettant de s’intégrer plus naturellement dans les structures syntaxiques du français parlé à Bruxelles.
Évolution historique
Historiquement, le terme était d’abord utilisé dans les quartiers populaires de Bruxelles où cohabitaient communautés francophones et néerlandophones. Les dockers, ouvriers et petits commerçants ont été les premiers vecteurs de diffusion de ce vocabulaire métissé. Au fil des décennies, “schieve” s’est progressivement imposé comme un belgicisme reconnu, dépassant les frontières sociales et géographiques initiales.
L’industrialisation de Bruxelles aux XIXe et XXe siècles a favorisé ces mélanges linguistiques. Les migrations internes entre la Flandre, la Wallonie et Bruxelles ont créé un terreau fertile pour l’émergence d’un argot spécifiquement bruxellois, dont “schieve” est devenu l’un des représentants les plus emblématiques.
Analyse sémantique approfondie
Sens principal : distorsion physique
Dans son acception première, schieve décrit quelque chose qui n’est pas droit, qui présente une déviation par rapport à la norme géométrique. Cette dimension physique du terme en fait un descripteur particulièrement efficace :
- Un mur schieve (penché, pas d’aplomb)
- Marcher schieve (boiter, avoir une démarche irrégulière)
- Un sourire schieve (asymétrique, en coin)
Extension métaphorique : anomalie comportementale
Par extension métaphorique naturelle, “schieve” qualifie également des comportements, des attitudes ou des situations qui sortent de l’ordinaire, qui présentent quelque chose d’inhabituel ou de suspect :
- Un plan schieve (un projet louche, peu fiable)
- Être schieve (avoir un comportement bizarre)
- Une histoire schieve (un récit peu crédible)
Dimension évaluative
Le terme porte souvent une charge évaluative négative, suggérant que ce qui est “schieve” ne correspond pas aux attentes normales. Cependant, selon le ton et le contexte, il peut également exprimer une forme d’affection ou de complicité, particulièrement entre jeunes.
Usages et contextes d’emploi
Registre familier et argotique
Schieve appartient résolument au registre familier et argotique. Son usage marque une appartenance à la culture urbaine bruxelloise et signale une certaine décontraction linguistique. Il est rarement employé dans des contextes formels ou professionnels, restant l’apanage des conversations entre pairs.
Variabilité selon l’âge
L’usage de “schieve” varie considérablement selon les générations. Si les plus anciens l’utilisent principalement dans son sens littéral (de travers, penché), les plus jeunes ont développé des emplois plus métaphoriques et créatifs du terme. Cette évolution générationnelle témoigne de la vitalité du mot et de sa capacité d’adaptation.
Contextes géographiques
Bien que typiquement bruxellois, “schieve” s’est progressivement diffusé dans d’autres régions belges, notamment en Wallonie urbaine. On l’entend désormais à Liège, Charleroi ou Namur, preuve de son succès et de son adoption progressive par la jeunesse francophone belge.
Exemples d’utilisation contextualisés
Descriptions physiques
“Il a un regard schieve” - décrit un regard fuyant, pas franc “T’as vu comme il marche schieve?” - souligne une démarche particulière “Sa baraque est complètement schieve” - évoque une construction mal fichue
Jugements sur les personnes
“T’es schieve toi” - expression d’étonnement face à un comportement inhabituel “Il est un peu schieve ce gars” - qualification d’une personnalité atypique “Ne fais pas le schieve” - injonction à ne pas faire l’idiot
Évaluations de situations
“C’est schieve son truc” - expression de méfiance face à un projet “Cette histoire est schieve” - doute sur la véracité d’un récit “Il y a quelque chose de schieve là-dedans” - soupçon d’anomalie
Dans la culture populaire et les médias
Le rap belge comme vecteur principal
Le rap belge a joué un rôle déterminant dans la popularisation de “schieve” au-delà des frontières traditionnelles de Bruxelles. Des artistes comme Roméo Elvis, Caballero & JeanJass, et Damso ont contribué à faire connaître ce terme à l’ensemble de la francophonie.
Roméo Elvis, figure emblématique du rap bruxellois, utilise régulièrement “schieve” dans ses textes, contribuant à en faire un marqueur identitaire fort de la scène rap belge. Son album “Morale” contient plusieurs références à cet argot local, participant à sa légitimation culturelle.
Caballero & JeanJass, duo incontournable du rap belge, ont également intégré “schieve” dans leur vocabulaire artistique. Leur capacité à mélanger argot bruxellois et français standard a permis de rendre ce terme accessible à un public plus large tout en préservant son authenticité culturelle.
Zwangere Guy et le crossover flamand
L’artiste Zwangere Guy, rappeur flamand qui s’exprime souvent en français, utilise également “schieve” dans ses textes, illustrant la circulation du terme entre les communautés linguistiques belges. Cette appropriation intercommunautaire témoigne de la force unificatrice de certains éléments de l’argot urbain belge.
Présence dans les médias audiovisuels
“Schieve” apparaît également dans diverses productions audiovisuelles belges, séries télévisées et films locaux. Cette présence médiatique contribue à normaliser le terme et à le faire entrer progressivement dans le patrimoine linguistique commun des Belges francophones.
Comparaisons avec d’autres termes
Synonymes français
En français standard, “schieve” peut être rendu par plusieurs termes selon le contexte :
- Tordu : proche mais moins expressif
- Bizarre : plus générique, moins coloré
- Louche : équivalent dans le sens de “suspect”
- Bancal : similaire pour les objets physiques
- Chelou : argot français contemporain, usage similaire chez les jeunes
Spécificités du terme
Ce qui distingue “schieve” de ses équivalents français, c’est sa polysémie concentrée et sa charge culturelle spécifique. Il porte en lui l’histoire de Bruxelles, son multilinguisme et sa créativité linguistique populaire.
Variations et dérivés
Formes dérivées
Le terme a généré quelques variantes et dérivés dans l’usage oral :
- Schieveling : personne ayant un comportement bizarre (usage rare)
- Faire le schieve : adopter un comportement atypique
- C’est du schieve : c’est louche, pas net
Intensification
L’intensification du terme se fait généralement par l’ajout d’adverbes ou d’adjectifs :
- “Complètement schieve”
- “Hyper schieve”
- “Grave schieve”
Impact socioculturel
Marqueur identitaire
“Schieve” fonctionne comme un véritable marqueur identitaire pour la jeunesse bruxelloise et, par extension, belge. Son usage signale une appartenance à une culture urbaine spécifique, mélange d’influences flamandes et wallonnes, de traditions populaires et de modernité hip-hop.
Instrument de distinction sociale
L’emploi de ce terme permet également une forme de distinction sociale positive, marquant une proximité avec la culture populaire authentique par opposition à des registres plus bourgeois ou académiques.
Vecteur de cohésion communautaire
Au-delà des clivages linguistiques traditionnels de la Belgique, “schieve” fonctionne comme un élément de cohésion entre jeunes francophones et néerlandophones de Bruxelles, participant à la construction d’une identité urbaine partagée.
Perspectives d’évolution
Diffusion géographique
La diffusion de “schieve” au-delà de Bruxelles semble se poursuivre, portée par la popularité du rap belge et les échanges culturels accrus entre régions. Il n’est pas impossible que le terme s’impose progressivement dans l’ensemble de la francophonie européenne.
Évolution sémantique
L’évolution sémantique du terme vers des usages plus métaphoriques et créatifs chez les jeunes générations suggère une vitalité linguistique qui pourrait déboucher sur de nouveaux emplois dans les années à venir.
Institutionnalisation
Bien que relevant encore de l’argot, “schieve” pourrait progressivement gagner en légitimité linguistique, à l’image d’autres belgicismes qui ont fini par être reconnus dans les dictionnaires standard.
Dans le rap belge contemporain
La scène rap belge a véritablement consacré “schieve” comme terme incontournable de l’argot urbain francophone. Hamza, autre figure montante du rap belge, l’utilise également dans ses textes, contribuant à sa diffusion auprès des nouvelles générations d’auditeurs.
L’authenticité linguistique est devenue un enjeu majeur pour les rappeurs belges, qui revendiquent leur spécificité culturelle face à la domination du rap français. “Schieve” participe de cette démarche de distinction et d’affirmation identitaire.
Conclusion
Schieve représente bien plus qu’un simple terme d’argot : c’est un condensé de l’histoire linguistique et culturelle de Bruxelles, un pont entre les communautés, un marqueur générationnel et un symbole de créativité populaire. Sa trajectoire, du flamand “scheef” à l’argot rap contemporain, illustre parfaitement les dynamiques linguistiques complexes qui animent la Belgique urbaine contemporaine.
Son succès témoigne de la capacité des locuteurs à s’approprier, transformer et revitaliser le patrimoine linguistique hérité, créant ainsi des formes d’expression authentiques et signifiantes. “Schieve” continuera probablement à évoluer, porteur de nouvelles significations et de nouveaux usages, fidèle reflet de la vitalité culturelle belge.
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❓ Questions fréquentes
C'est quoi schieve en rap ?
De travers, tordu, bancal. Aussi: louche, pas net, bizarre.
Que veut dire schieve ?
De travers, tordu, bancal. Aussi: louche, pas net, bizarre.
D'où vient le mot schieve ?
Flamand (scheef = de travers)
📚 Termes associés
Énervé, en colère, furieux. Verlan de 'énervé'. Terme très courant dans le rap français et l'argot des jeunes pour exprimer la colère ou la frustration.
TchaléAdjectif signifiant content, satisfait, heureux. Terme d'argot lyonnais issu du romani (langue gitane). Exprime un état de satisfaction ou de joie.
KapotCassé, foutu, hors service. Par extension : épuisé, mort de fatigue, complètement HS.
EnsuquéFatigué, vaseux, dans les vapes. Avoir du mal à se réveiller.
RipouPourri, corrompu. Verlan de 'pourri'. Désigne principalement un policier corrompu, mais peut s'appliquer à toute personne malhonnête.
OufAdjectif et nom signifiant fou, dingue, incroyable. Verlan de 'fou'. Peut qualifier une personne (un fou) ou exprimer l'intensité de quelque chose (c'est ouf = c'est dingue, génial).