moyenner
Définition
Négocier, trouver un arrangement, s'arranger. Chercher un compromis ou un deal avec quelqu'un.
Synonymes / Variantes
Exemples d'utilisation
On va moyenner un prix
Y'a moyen de moyenner ?
Faut moyenner avec lui
J'ai moyenné le deal
Origine du terme
Argot français contemporain
Définition approfondie
Moyenner est un verbe de l’argot français contemporain qui signifie négocier, chercher un arrangement ou un compromis avec quelqu’un. Le terme dépasse largement le simple fait de “négocier” : il implique une approche pragmatique, directe et souvent informelle pour trouver un terrain d’entente. C’est l’art de créer un “moyen” - d’où l’étymologie - permettant à toutes les parties d’obtenir satisfaction, même partiellement.
Le verbe “moyenner” porte en lui une connotation d’efficacité et de réalisme. Contrairement à la négociation formelle, moyenner suggère une démarche plus souple, plus humaine, où l’on cherche avant tout la solution pratique plutôt que la perfection théorique. C’est trouver le juste milieu, le compromis acceptable, l’arrangement qui permet d’avancer.
Origine et évolution linguistique
Le terme “moyenner” dérive directement du substantif “moyen”, lui-même issu du latin “medianus” (qui est au milieu). Cette filiation étymologique n’est pas anodine : elle révèle l’essence même du concept, qui consiste à trouver la voie médiane, la position intermédiaire qui satisfait les différentes parties en présence.
L’évolution sémantique du terme reflète une transformation sociale importante. De la notion statique de “milieu” héritée du latin, on est passé à une approche dynamique de recherche active de solutions. “Moyenner” n’est pas simplement être au milieu, c’est créer activement ce milieu, cette zone de compromis acceptable.
Dans l’argot français des années 2000-2010, le terme s’est popularisé d’abord dans les milieux urbains, notamment dans les banlieues, avant de s’étendre progressivement à d’autres couches sociales. Cette diffusion s’est accélérée avec l’émergence du rap français comme vecteur culturel majeur.
Nuances sémantiques et registres d’usage
“Moyenner” ne se contente pas de remplacer “négocier” : il apporte des nuances spécifiques qui enrichissent l’expression française contemporaine. Là où “négocier” peut parfois paraître formel ou commercial, “moyenner” véhicule une approche plus décontractée, plus street, plus authentique.
Le terme implique également une certaine réciprocité. Quand on “moyenne”, on ne cherche pas à écraser l’autre partie mais à trouver un équilibre. C’est une négociation gagnant-gagnant, même si les gains ne sont pas forcément équivalents. Cette dimension collaborative distingue “moyenner” d’autres termes comme “arnaquer” ou “douiller” qui impliquent un rapport de force défavorable à l’une des parties.
La flexibilité du terme permet son usage dans de multiples contextes : on peut moyenner un prix (dimension commerciale), moyenner un conflit (dimension sociale), moyenner un plan (dimension organisationnelle), ou encore moyenner une situation délicate (dimension relationnelle).
Usage intensif dans le rap français
Le rap français a joué un rôle central dans la popularisation et l’évolution sémantique du terme “moyenner”. Les rappeurs l’ont adopté comme expression privilégiée pour évoquer leurs négociations, qu’elles concernent la musique, les affaires, ou la vie quotidienne.
Lacrim utilise fréquemment le terme dans ses textes, notamment dans “Ripro” où il rappe : “On va moyenner le bail, faire du sale”. Ici, “moyenner” dépasse la simple négociation pour englober l’organisation générale d’une opération.
Gradur a popularisé des expressions comme “moyenner dans le binks” (négocier dans le quartier), donnant au terme une dimension territoriale forte. Pour lui, moyenner n’est pas seulement un acte économique mais social, ancré dans un environnement spécifique.
Niska joue souvent sur l’aspect temporel : “Pas besoin d’moyenner, c’est réglé d’avance”, suggérant que certaines situations ne nécessitent aucune négociation tant l’issue est évidente.
PNL utilise le terme de manière plus subtile, notamment Ademo qui évoque les négociations familiales : “J’ai moyenné avec ma daronne”, montrant l’extension du terme aux relations personnelles les plus intimes.
Damso, représentant la scène belge francophone, a importé le terme dans ses textes avec sa propre coloration : “Moyenner c’est survivre”, résumant parfaitement la dimension existentielle que peut prendre la négociation dans certains contextes urbains.
Variations géographiques et sociolinguistiques
Le terme “moyenner” présente des variations d’usage selon les régions et les groupes sociaux. En région parisienne, il s’utilise de manière très décontractée, presque comme un tic de langage : “Bon, on moyenne ?” peut simplement signifier “on s’arrange ?”.
Dans le Sud de la France, particulièrement à Marseille, “moyenner” prend parfois une connotation plus commerciale, héritée de la tradition méditerranéenne du marchandage. Les jeunes Marseillais l’utilisent fréquemment dans les interactions du quotidien : achats, services, petits arrangements entre amis.
En Belgique francophone, sous l’influence de rappeurs comme Damso ou Caballero & JeanJass, le terme s’est implanté avec une nuance légèrement différente, plus liée à la survie économique et sociale : “moyenner pour s’en sortir” est une expression courante dans les cités de Bruxelles.
En Suisse romande, “moyenner” coexiste avec les expressions locales sans les remplacer, créant un métissage linguistique intéressant où argot français et suisse-allemand se mélangent.
Contextes d’utilisation contemporains
Dans le business légal
“Moyenner” s’est imposé dans le vocabulaire entrepreneurial informel. Les jeunes chefs d’entreprise, notamment dans les secteurs créatifs, utilisent le terme pour décrire leurs négociations commerciales. “J’ai moyenné un contrat en or” remplace avantageusement des expressions plus conventionnelles et véhicule une image de modernité et d’efficacité.
Dans l’économie collaborative
Avec le développement des plateformes comme Leboncoin, Vinted, ou Facebook Marketplace, “moyenner” est devenu le verbe de référence pour décrire les négociations entre particuliers. “Est-ce qu’on peut moyenner le prix ?” est désormais une formule standard dans ces échanges.
Dans les relations interpersonnelles
Le terme a débordé le cadre strictement économique pour s’appliquer aux relations humaines. “Faut qu’on moyenne cette histoire” peut concerner un conflit entre amis, un malentendu familial, ou toute situation nécessitant un compromis relationnel.
Dans le milieu scolaire et étudiant
Les jeunes utilisent “moyenner” pour décrire leurs négociations avec les professeurs (reports d’examens, notes, absences) ou entre eux (partage de frais, organisation de soirées, répartition du travail en groupe).
Expressions et locutions dérivées
L’usage intensif de “moyenner” a généré tout un écosystème d’expressions dérivées qui enrichissent le vocabulaire argotique français :
- “Y’a moyen de moyenner” : la négociation est possible, on peut trouver un arrangement
- “Rien à moyenner” : aucune négociation n’est envisageable, la situation est figée
- “Moyenner un prix” : négocier un tarif, généralement à la baisse
- “Moyenner un plan” : organiser quelque chose en tenant compte des contraintes de chacun
- “C’est moyenné” : l’affaire est conclue, l’arrangement est trouvé
- “Ça se moyenne” : c’est négociable, on peut s’arranger
- “Moyenner en douce” : négocier discrètement, sans que les autres le sachent
- “Moyenner serré” : négocier ferme, de manière intensive
- “Moyenner large” : négocier de façon décontractée, sans pression
Impact culturel et générationnel
L’adoption massive de “moyenner” par les générations Y et Z révèle un changement d’approche dans les relations sociales et économiques. Cette génération, influencée par l’économie collaborative et les réseaux sociaux, privilégie les échanges horizontaux, la négociation permanente, et l’arrangement informel plutôt que les cadres rigides.
“Moyenner” incarne parfaitement cet esprit : il s’agit d’une négociation peer-to-peer, pragmatique, dénuée de hiérarchie formelle. C’est l’expression linguistique d’une société où tout se négocie, où les frontières traditionnelles s’estompent, où l’arrangement personnel prime sur la règle générale.
Le terme traduit également une certaine précarisation des relations économiques et sociales. Dans un monde où les emplois stables se raréfient, où l’économie de la débrouille se développe, “moyenner” devient une compétence de survie. C’est savoir naviguer dans l’informel, créer des opportunités, transformer les contraintes en possibilités.
Comparaisons avec d’autres termes de négociation
“Moyenner” se distingue nettement d’autres verbes de négociation par ses connotations spécifiques :
- Négocier : plus formel, implique souvent un cadre professionnel ou institutionnel
- Marchander : connoté vieillot, évoque les marchés traditionnels
- Traiter : plus direct, parfois agressif, implique une dimension de pouvoir
- Dealer : anglicisme, souvent associé au milieu de la rue ou aux affaires illégales
- Transiger : terme soutenu, utilisé dans des contextes juridiques ou diplomatiques
“Moyenner” occupe un espace unique : ni trop formel, ni trop agressif, ni trop spécialisé. C’est le terme de la négociation quotidienne, accessible, efficace, moderne.
Perspectives d’évolution
L’avenir de “moyenner” dans la langue française semble prometteur. Sa diffusion continue, portée par les réseaux sociaux et la culture urbaine, suggère une pérennisation du terme. On observe déjà des signes d’institutionnalisation : certains journalistes l’utilisent dans des articles grand public, des publicitaires l’intègrent dans leurs campagnes, des politiques l’emploient pour se rapprocher de la jeunesse.
Cette évolution pourrait mener à une lexicalisation complète du terme, avec son intégration dans les dictionnaires de référence. “Moyenner” rejoindrait alors la longue liste des mots issus de l’argot qui ont enrichi le français standard, à l’image de “bosser”, “fric”, ou plus récemment “kiffer”.
Le terme pourrait également évoluer sémantiquement, développer de nouvelles acceptions, générer de nouveaux dérivés. On observe déjà l’apparition de “moyenneur” (celui qui moyenne habituellement) et “moyennage” (l’action de moyenner), signes d’une vitalité linguistique prometteuse.
En conclusion, “moyenner” illustre parfaitement la capacité de renouvellement de la langue française contemporaine, sa faculté à intégrer et transformer les apports de la culture urbaine pour créer de nouveaux outils d’expression adaptés aux réalités sociales actuelles.
❓ Questions fréquentes
C'est quoi moyenner en rap ?
Négocier, trouver un arrangement, s'arranger. Chercher un compromis ou un deal avec quelqu'un.
Que veut dire moyenner ?
Négocier, trouver un arrangement, s'arranger. Chercher un compromis ou un deal avec quelqu'un.
D'où vient le mot moyenner ?
Argot français contemporain
📚 Termes associés
Les parents. Terme affectueux pour désigner le père (daron) et la mère (daronne) ou les deux ensemble. Issu de l'argot français du XIXe siècle, popularisé par la culture rap contemporaine.
FratéFrère, ami proche, pote. Vient de l'italien 'fratello' (frère) ou du roumain 'frate'. Terme affectueux pour désigner un proche.
TiepVerlan de 'pied'. Peut signifier les pieds, mais aussi 'payer' (verlan de péter/payer). Très utilisé dans l'expression 'faire le tiep' (marcher, se déplacer) ou 'tiep' (payer).
mifFamille en verlan. Désigne la famille au sens large : parents, fratrie, proches, ou même le crew.
EnjaillerS'amuser, faire la fête, prendre du plaisir. Être dans l'ambiance, profiter du moment. Terme très positif de la culture festive française.
fouetterPuer, sentir très mauvais. Odeur forte et désagréable qui prend à la gorge.